Dans le cadre de la mission justice du projet de loi de finances pour 2016, j’ai interrogé le ministre sur les conditions de financement de l’aide juridictionnelle, et plus largement sur l’accès au droit et à la justice pour nos concitoyens les plus démunis. J’ai pu rappeler au gouvernement la véritable défiance des Français à l’égard de leur justice, et plus particulièrement celle du mouvement des indignés.
Archives pour octobre 2015
De l’accès au droit et à la justice pour TOUS les justiciables
Marche Citoyenne et Justice : invitation au débat
Vous avez été nombreux, et je vous en remercie, à réagir ou à m’interpeller au sujet du rapport publié sur mon blog et les réseaux sociaux à propos des liens qu’entretiennent certains justiciables et le service public de la justice. Tout au long de mon tour de France à pied, j’ai très majoritairement rencontré des compatriotes qui ne croient plus en la politique. Leur expression à notre égard, qu’elle s’exprime sur le ton de la révolte ou de la résignation, est effrayante.
Cependant, si le monde politique est de loin le plus touché par ce phénomène, il n’est malheureusement pas le seul, les grands médias nationaux, et la justice, tout comme la plupart des principales institutions de notre pays, sont également pris dans cette tourmente.
J’ai clairement eu le sentiment de rencontrer un peuple qui a peur et qui ne croit plus en rien ni personne. La plupart de nos concitoyens s’exprime en leur nom propre, d’autres le font dans le cadre de réseaux ou d’organisations plus ou moins établis. C’est le cas en ce qui concerne la justice des « Indignés » qui, à l’instar des « Indiñados » espagnols, l’évoque avec une grande radicalité. La violence de leur ressenti est telle qu’ils refusent catégoriquement de le traduire autrement que par la parole.
Afin d’ouvrir un débat, et peut-être de le faire vivre, d’y faire participer certains de nos concitoyens qui ne croient même plus à la notion de réflexion et d’échange public, j’ai réussi à en convaincre un certain nombre de « se faire violence », et d’accepter de témoigner par écrit. Nombreux sont ceux qui, à ma grande surprise, l’ont fait dans le cadre notamment de la rédaction des « Cahiers de l’Espoir ». J’ai demandé à madame Shena Saïdi de bien vouloir en faire une synthèse en respectant le plus fidèlement possible leur propre expression et leurs mots.
Je comprends qu’une telle démarche venant sans explication préalable ait pu susciter incompréhension et malentendu. Aussi, je demande à ceux qui ont légitimement pu être choqués, notamment au niveau des magistrats, et parmi eux des amis proches, de bien vouloir m’en excuser. A l’écoute ou à la lecture de vos très nombreuses réactions, et au regard du fossé qui les sépare souvent, j’ai mieux compris. C’est bien le même rejet qui les frappe, certes à un degré moindre que le monde politique et la plupart des élites de notre pays. J’ai encore mieux cerné pourquoi 50% de nos compatriotes ne se rendait définitivement plus aux urnes, et pourquoi la moitié de ceux qui continuaient encore de le faire, votait blanc, nul ou désespéré.
Ce qui choque le plus ceux qui acceptent de témoigner, c’est ce qu’ils perçoivent comme notre attitude systématique d’indifférence ou de déni. Une réalité bien paradoxale se fait pourtant jour clairement. Si nous, les « sachants », acceptions enfin la remise en cause et l’écoute de la parole différente, il existe une profonde aspiration très largement partagée à la justice.
Celui qui est cruellement lésé attend que son tort soit reconnu à son véritable niveau et réparé. Celui qui en est la cause rêve de soulager son esprit et ses entrailles, par la parole, l’échange et le pardon. Peut-être, espère-t-il même un nouveau départ, une nouvelle chance, une nouvelle vie. Enfin, celui qui a la terrible charge de rendre la justice au nom du Peuple français, souhaite pouvoir le faire avec la sérénité indispensable à l’importance de sa décision, avec les moyens adéquats et nécessaires, la compréhension ainsi que le respect dont il a besoin.
L’immense majorité des justiciables espère que le jour viendra enfin où le fait de passer devant la justice ne sera plus synonyme de malheur, mais constituera une raison majeure d’espérer. Tel Jean Rivero, le vieux Huron du Palais Royal, j’attache sans doute un prix excessif à ce que les citoyens trouvent satisfaction dans des recours effectifs.
Oui, l’immense majorité de nos compatriotes aspire à retrouver, si tant est qu’elle ait existé un jour dans la longue histoire des hommes, une justice sereine, apaisée et célère, en laquelle on puisse replacer toute sa confiance. Je souhaite que vous acceptiez tous de prolonger ce débat. A l’instar de cet échange, j’engagerai dans les semaines qui viennent d’autres débats sur les questions fondamentales de notre temps sur une nouvelle plateforme internet sur laquelle travaille mon équipe. J’apporterai le meilleur de moi-même pour en faciliter le déroulement.
Je vous assure de mes sentiments les plus dévoués.
Jean Lassalle


