Article du journal Sud-Ouest sur les projets de microcentrales en vallée d’Aspe

Hier, alors que la neige recouvrait les rues d’Urdos, les esprits bouillaient dans la salle de la mairie. Le député et conseiller général Modem Jean Lassalle, les maires d’Urdos et de Lescun et leur adjoint, les responsables de la Shem (1) et de la Serhy (2), la représentante des hydroélectriciens et quelques observateurs prépareraient la riposte si le préfet des Pyrénées-Atlantiques venait à refuser les projets des microcentrales de Lescun et Urdos, dans les tuyaux depuis six ans.

 

La publication de l’arrêté préfectoral portant sur la création de ces aménagements doit être publié d’un moment à l’autre. Le groupe des favorables aux projets en fait un symbole de la lutte contre « la secte » des écologistes, selon Jean Lassalle. Ces « écologistes » ont en effet obtenu gain de cause sur la première partie de la bataille. Dans un projet d’arrêté, les services de l’État (la DDTM) qui ont instruit le dossier ont invité le préfet à dire « non » à ces aménagements. Malgré l’avis favorable du commissaire enquêteur sur les deux enquêtes publiques.

 


 

Une jurisprudence favorable

La cour d’appel de Lyon (9 novembre 2010) vient de donner raison à l’hydraulicien Jouval, porteur d’un projet de microcentrale dans Au Pont des moines dans le Cantal, contre les écologistes de Dordogne vivante, la fédération nationale de l’environnement et les pêcheurs, au titre de la « compatibilité » qui ne signifie pas « conformité » avec le Sdage. Le préfet du Cantal avait publié un arrêté autorisant la prise d’eau contre ses services. Les écologistes avaient porté l’affaire devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand mais la société hydroélectrique a fait appel.

 

 

Comptabilité ou conformité

Pour le projet d’Urdos, les fonctionnaires avancent que le cours d’eau Le Larry est « vierge de toute perturbation anthropique […] et qu’il a été, en raison de son état de préservation et de la qualité de ses peuplements, identifié par le Sdage (3) Adour-Garonne 2010-2015 comme cours d’eau en très bon état écologique, éligible au classement ». Autre raison : « le Parc national a identifié la présence du desman ».

 

Pour Lescun, les arguments ne sont guère différents. Cette fois-ci, en plus du desman, d’autres espèces ont été identifiées comme la grenouille rousse, l’euprocte… »

 

Claude Girard, directeur général de la Shem, oscille entre colère et incompréhension. « On nous oppose un classement futur du cours d’eau, c’est comme si, en voiture, vous roulez à 90 sur une nationale et que l’on vous arrête en vous disant, désolé, mais vous n’êtes pas en règle au regard de la future limitation de vitesse qui sera de 70 », souligne l’ingénieur.

 

La Shem et la Serhy ont répondu point par point au projet d’arrêté. La commune de Lescun, par l’intermédiaire de son avocat, bataille sur le terme de non-compatibilité avec le Sdage. « Vous n’ignorez pas que la compatibilité se distingue de la conformité », explique Me Larrouy-Castera, du barreau de Toulouse. Christian Roux, directeur général de la Serhy, base donc tous ses espoirs sur la dernière jurisprudence en la matière (voir par ailleurs).

 

On se dirige d’un côté ou de l’autre vers une guerre juridique dont seuls les haut Béarnais et les défenseurs de l’environnement ont le secret.

 

Grenelle = chimère

Outre ces arguments juridiques, tous soulignent l’incohérence de l’État qui, d’un côté « veut favoriser les énergies renouvelables et, de l’autre, les actions de ses services sur le terrain ».

 

Claude Girard a rappelé que le 23 juin dernier, dans le cabinet de Jean-Louis Borloo, la Shem et EDF avaient signé avec les ONG et les élus une convention pour que 5 à 7 % de projets hydroélectriques supplémentaires voient le jour en France. Et de rappeler que la centrale du Larry, « c’est 2 500 tonnes de CO2 évité. »

 

« Avec les énergies renouvelables, on nous a entraînés vers une chimère, tout ça c’est du pipeau, de la poudre aux yeux. À Bedous, nous avons voulu faire un toit en photovoltaïque, il a été refusé », s’emporte Jean Lassalle. « On fait croire à l’opinion publique que l’État développe les énergies renouvelables mais dans la réalité, c’est tout le contraire qui se produit. »

 

Quant aux élus, ils ne veulent pas laisser passer la manne financière que représente la redevance d’une microcentrale (60 000 € par an pour Urdos, 200 000 € pour Lescun). « Nous devons faire l’assainissement collectif, où vais-je trouver l’argent ? » demande Jacques Marquèze le maire d’Urdos.

 

Quant aux fameux écolos pointés du doigt par l’assemblée, ils estiment pour leur part qu’il y a « un groupe de pression qui s’agite une fois de plus contre la protection de la nature. La directive-cadre sur l’eau du 23 octobre 2000 s’applique », avance Michel Rodes de la Sepanso.

 

(1) Société hydro électrique du Midi, filiale de GDF-Suez, qui porte le projet de microcentrale d’Urdos sur Le Larry.

(2) Société d’études et de réalisations hydroélectriques qui porte le projet de Lescun sur l’Ansabère et le Lauga.

 

(3) Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux.

 

 

 
 

 

 
 

 

 
 
 

 

 

 
 

 

 
  
Article du journal Sud-Ouest sur les projets de microcentrales en vallée d’Aspe

Un commentaire sur “Article du journal Sud-Ouest sur les projets de microcentrales en vallée d’Aspe

  • 19 mai 2012 à 23 h 22 min
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    Il s’agit d’une vue fantastique de la situation, je ne pense pas que j’ai assez vu de ce point de vue avant.

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