Article du Journal la République du 23 décembre 2010

Entretien avec Jean Lassalle, député maire de Lourdios-Ichère et conseiller général du canton d’Accous.

Suite des entretiens politiques avec les parlementaires locaux. Le député Jean Lassalle croit au réveil du centre.

Que reste-t-il de la famille centriste ?

Jean Lassalle : « C’est la difficile histoire de la famille centriste et démocratique que d’être perpétuellement éparpillée. Elle a fait illusion pendant une trentaine d’années, au sein de l’UDF. Cela tenait à la personnalité de Valéry Giscard d’Estaing, président de la République. Mais notre famille n’était pas à son aise, enfermée avec des courants de pensée qui ne lui ressemblaient pas et la partie la plus capitaliste de l’échiquier politique. »

Le MoDem a-t-il donné son indépendance au centre ?

« La revendication d’une indépendance était fondamentale, autour de l’expression d’une forme d’humanisme. Et on s’est retrouvés à la tragédie du second tour. Au premier tour, tout va bien, plus indépendant que nous, tu meurs. Mais au second tour, c’était systématiquement le refuge dans les bras du RPR puis de l’UMP. Cette famille qui n’a jamais cessé de revendiquer son indépendance, n’avait jamais réussi à l’acquérir. Avec François Bayrou, nous avons voulu être la génération qui donnerait l’indépendance à cette famille politique qui a produit de grands esprits. »

Mais à quel prix ?

« Cela a failli porter ses fruits en 2007. Mais une partie des centristes a choisi de faire un virage sur l’aile pour rejoindre l’UMP au second tour. Nous n’étions plus que cinq candidats à soutenir François Bayrou alors qu’on aurait pu faire élire une centaine de députés. C’était une véritable saignée à blanc. Ce n’est pas facile de s’en relever. Quand vous vous retrouvez à trois à l’Assemblée nationale, coincés entre 300 députés UMP et 200 députés PS, vous sentez presque physiquement ce poids. Pour François Bayrou, cela a été plus cruel encore. »

Les candidats ne vont pas manquer au centre, en 2012. Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, François Bayrou…

« Il y a un mois, ils chantaient les louanges du gouvernement. Comment peuvent-ils être crédibles en changeant de discours aujourd’hui ? Cela me semble relever d’un mélange explosif d’ambition et de trouille. Leurs électeurs vont devoir se poser la question, si Nicolas Sarkozy se représente : pourquoi voter pour la copie plutôt que l’original ? »

Jean-Louis Borloo revendique aussi son indépendance… Il a pris de l’ampleur, non ?

« Qui aurait pu imaginer la politique il y a un an sans un Douste-Blazy ? Des hommes aux portes de l’Elysée, il y en a eu d’autres. Des François Léotard, des Alain Madelin. Est-ce que quelqu’un a une vague idée de ce qu’ils ont pu devenir ? »

Le MoDem a-t-il fini de manger son pain noir ?

« On rentre dans la préparation de notre projet. En 2012, nous allons pouvoir concourir à nouveau, avec une chance d’accéder aux responsabilités beaucoup plus importantes que la plupart des observateurs ne la perçoivent encore. L’UMP va être très prise par son bilan et par le retour du Front national. Le PS est victime de son éparpillement et de son incapacité latente à se doter d’un véritable leader. Nous avons beaucoup de défauts, mais pas celui-là. »

Entre-temps, il y aura les élections cantonales. Indépendance nationale et alliance départementale avec l’UMP, n’est-ce pas un peu contradictoire ?

« Ce n’est pas la partie la plus facile à expliquer de notre posture. Après les municipales de 2008, alors que j’étais un président de l’Association des maires de France qui n’était, je crois, pas politisée, le PS a construit contre moi une liste et j’ai perdu la présidence pour 22 voix. Est-ce que vous m’imaginez pouvoir construire quelque chose demain avec Jo Labazée ou David Habib ?

On ne peut pas nier 40 années d’histoire commune avec l’UMP dans ce département. Ils ont respecté ce que nous étions. Notre travail en commun est aussi clair que l’est la cohabitation houleuse de l’exécutif régional PS-Verts. Et puis, il faut être lucide, on ne peut pas faire l’impasse sur le dernier conseil général que nous tenons, dans le département de François Bayrou. »

>> REPERES

Clinique d’Oloron : « J’ai le coeur serré ». « Je n’ai pu arriver à favoriser le rapprochement entre la clinique et l’hôpital. Je n’ai pas été en mesure de mettre autour de la table, une seule fois, l’ensemble des acteurs. J’ai le coeur serré pour ce personnel admirable. Ils ont fait preuve d’un courage et d’une constance qui force le respect. On avait la chance à Oloron d’avoir un hôpital et une clinique. La clinique va fermer. J’ai dit et je répète que la maternité est vitale pour Oloron et ses vallées. Ce n’est pas négociable. Mais si Kapa santé n’était pas venu il y a deux ans, nous n’avions aucune chance de la garder. Désormais, je me mets à la totale disposition de la démarche engagée pour sauver la maternité et l’offre de soins sur le territoire. »

Les législatives 2012 face à Bernard Uthurry et Hervé Lucbéreilh ? « Par engagement personnel, j’ai toujours aimé être confronté aux meilleurs d’une époque. Comme ça, on ne peut pas vous reprocher une élection au rabais. Dans une circonscription aussi caractérisée par ses identités et ses langues, il faut une personnalité qui ait le maximum de reconnaissance et de légitimité. La légitimité, elle vient de ces grands affrontements. Si c’est ce tiercé-là qui s’affronte en 2012, on ne sera pas loin du tiercé majeur. »

>> « Je veux créer un courant pour l’aménagement de la Pau-Oloron »

La récente réunion publique sur le projet de route nouvelle Pau-Oloron a cristallisé les oppositions…

« Aujourd’hui, les courants d’opinion se font contre ces ouvrages. Vous ne pouvez pas gagner contre cette mobilisation du coeur. Moi, je veux créer un courant d’opinion qui comprenne que, s’il n’y a pas de réelle liaison routière entre Pau et Oloron, on peut perdre les 4 000 emplois du bassin industriel oloronais. Et cela changera complètement la physionomie de cette ville et de ce territoire. »

Vous avez du mal à convaincre, visiblement…

« Je veux sortir ce projet du champ de la politique politicienne, créer une prise de conscience positive. Mais rien n’est plus pareil dans l’approche des grands travaux d’infrastructures depuis la bataille du tunnel du Somport. Je veux rencontrer les maires qui ont voté contre la Pau-Oloron et voir ce qui coince. »

Le 13 janvier, vous animerez une nouvelle réunion publique sur le ferroviaire, cette fois…

« Je veux faire le point sur les travaux du ferroviaire. Force est de constater qu’aujourd’hui, aucun projet crédible ne dépasse Pau. Il y a une moitié de ce département qui ne rentre dans aucun schéma ! »

La rénovation de la ligne entre Pau et Oloron s’achève pourtant, non ?

« Ce ne sont pas ces aménagements qui vont répondre à l’impérieuse question des industriels sur l’avenir d’Oloron. Les trains express régionaux, c’est pour les voyageurs. On ne va pas y transporter le matériel nécessaire à nos usines. Il faut jouer la complémentarité rail/route. Le train était un élément presque vénéré jusqu’il y a quelques années. Aujourd’hui, il y a des gens qui ne veulent ni du train, ni de la route. »

Article du Journal la République du 23 décembre 2010

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