Vallée d’Aspe : le wagon part, les problèmes restent

Le dernier témoin de la «guerre du tunnel» a été enlevé. La municipalité travaille sur un projet de gîte pour les pèlerins.

Dernier témoin d’une saga qui enflamma la vallée d’Aspe dans les années 90, le wagon qui rouillait sur les voies de la gare de Cette-Eygun a été enlevé avant-hier. Un événement pour tous les Aspois qui gardent en mémoire les luttes mémorables entre pro et anti tunnel. Le wagon arrivé en gare de Cette-Eygun en 1987, finira son existence en Moselle dans une entreprise spécialisée, MJR Metal, où il sera désamianté et désossé.

Aujourd’hui, la page est tournée. Mais la vallée a encore bien des défis à relever. En premier lieu, la gare, rebaptisée La Goutte d’eau par Eric Pétetin et ses amis opposants au tunnel. « Je me bats d’abord pour nettoyer le site » explique le maire de Cette-Eygun, Jean Gastou. « Je suis en contact avec un maître d’ouvrage pour remettre le site en état. Ensuite, nous avons un porteur de projet qui envisage de transformer la gare en gîte d’accueil pour les pèlerins de Saint-Jacques. La salle des pas perdus deviendrait restaurant et des chambres seraient aménagées à l’étage. » Reste à voir avec RFF (Réseau ferré de France), propriétaire de la gare le coût de la réhabilitation des lieux.

M. Baggio, responsable de l’immobilier à RFF assure être prêt à « trouver une solution pour un projet économique tout en gardant la propriété de l’emprise dans le cadre d’une future réouverture de la ligne. Nous attendons des nouvelles du porteur de projet qui devait se manifester cet été » affirme le cadre de RFF. Cette réouverture de la ligne reste d’actualité pour le président de Région, Alain Rousset. « Je suis de plus en plus persuadé de l’utilité de la réouverture. Quand je vois le succès des lignes de haute montagne en Suisse ou en Autriche, je suis sûr qu’on rentabilisera la ligne avec du transport de voyageurs et de fret en vrac (céréales) » assure-t-il. « Et cette ligne est si belle avec ses viaducs et son tunnel hélicoïdal qu’elle devrait être classée par l’Unesco ».

En attendant, les études ont été financées par la Région pour la réhabilitation de la ligne entre Oloron et Bedous. Les travaux devraient débuter dès l’année prochaine mais « il nous faut pousser RFF pour accélérer les choses » déplore le président de Région. Car à Cette-Eygun, comme dans le reste de la vallée, les camions restent un frein à tout développement. « Nous avons des projets touristiques avec des circuits pédestres aboutissant à la gare » explique Jean Gastou. « Mais il nous faut d’abord sécuriser le village avec ces poids lourds qui font mourir la vallée et qui roulent trop vite malgré les contrôles » s’afflige-t-il. « L’Etat avait acheté les terrains rive gauche pour faire une déviation mais on attend toujours ».

Même son de cloche du côté d’Alain Rousset qui refuse la pression de lobbys tentés par une solution autoroutière et qui vient de demander à l’Etat « d’être plus rigoureux sur les contrôles de vitesse et des contenus des camions circulant dans la vallée ». Il y a urgence pour la soixantaine d’habitants restant à Cette-Eygun et les quelques autres dizaines s’accrochant aux pentes de la haute vallée. Entre camions dévalant la vallée et résidences secondaires aux volets clos onze mois par an, il est vital pour les Aspois que les projets de revitalisation aboutissent. « Si on veut survivre, il faut se battre » conclut Jean Gastou.

>> REPERES

Le dernier wagon qu’on décroche. L’engin des Aspaches, détaché de son cheval de fer, était venu par la route à Cette Eygun au printemps 1986. Avant d’être posé sur le ballast de la voie ferrée Oloron-Canfranc. Acheté à la SNCF par l’association « La Goutte-d’Eau, le wagon servit d’annexe au Gîte-Auberge ouvert en 1984 par le guide Eric Pétetin et deux de ses copains montagnards chevronnés, Christian Ravier et Didier Bayens. Jusqu’à la rupture au sein du trio en 1988 pour des raisons de divergences. Les deux derniers étaient plutôt partisans d’une maison de la montagne qui ne s’ouvrait pas aux festivités tardives.

Le wagon a été le théâtre la même année d’un drame avec la mort par overdose d’une jeune fille de 24 ans à Noël. En juin 1992 s’ouvrira ensuite le feuilleton de l’incendie criminel du fameux wagon par un commando de valléens. On est alors au plus fort de la bataille des anti-tunnels. Les sentiers de la guerre vont se transformer en chemins de traverse. Pétetin, sur qui s’abattent des procédures judiciaires pléthoriques, finit par craquer. Il se retire en 2001. La Goutte a fait déborder le vase. En octobre 2005, les derniers locataires sont chassés par la police. Les portes et fenêtres de l’ancienne gare sont enlevées pour dissuader les squatteurs. L’infortuné wagon est depuis lors resté en souffrance. Attendant la casse. Et le tunnel du Somport n’a toujours pas fait la preuve de son utilité…

Un projet en gare de Bedous. Si Cette-Eygun a un projet de halte jacquaire dans son ex-gare, Bedous a un projet de pépinière d’entreprises le long de la voie ferrée. RFF souhaite qu’une étude soit finalisée pour cela tout en ayant de quoi faire fonctionner la gare et avoir des places de parking.

>> Eric Pétetin : Le retour de l’Aspache dans la vallée

Le wagon de la Goutte d’Eau, à Cette-Eygun, était le totem des « Aspaches », ligués derrière Eric Pétetin, contre la construction du tunnel du Somport. Enlevé mardi, c’est un symbole de lutte qui part à la casse en Lorraine. Avec des gros sabots, toutefois ! Car l’engin de 24 m de long et pesant plus de 40 tonnes appartient à « La Goutte-d’Eau ». Qui l’avait acheté près de 2.500 euros en 1986, et en avait rajouté plus de 5.000 pour le convoyer par la route de même qu’environ 15.000 pour l’aménager. L’association compte demander réparation ! « C’est du vol, je contacte un avocat dès demain », s’est écrié Eric Pétetin. L’Indien, qui s’est mis au vert pendant 10 ans en Gironde, n’a rien perdu de sa fougue ni de sa faconde. A 57 ans, il ne dédaigne toujours pas voler dans les plumes de l’Etat et de RFF (Réseau Ferré de France) : « C’est une petite souffrance supplémentaire de voir partir le wagon. Reste que ceux qui voulaient la destruction de la Goutte d’Eau ont cru achever quelque chose de mort. Ils se trompent. Ils ont tué l’enveloppe matérielle mais les esprits demeurent ».

La traversée du désert

Le guide de montagne, qui annonce son retour en Aspe dès le printemps prochain – « quand les fleurs pousseront »- a capté l’appel de la forêt : « Je sens monter le mouvement écologiste en occident. Il ne demande qu’à resurgir en vallée d’Aspe. Pour l’ouverture de la ligne Pau-Canfranc, mais aussi pour faire barrage à l’axe routier qui est d’ailleurs pratiquement arrêté ».

Après vingt ans de combat qui lui ont valu une quarantaine de procès, il a connu sa traversée du désert : « Quand je suis parti, je n’avais plus confiance en moi, ni la force de m’en sortir. J’étais découragé. J’ai frôlé le désespoir ». C’est en 2001 qu’il s’est retiré, souffrant d’une grande déprime qu’il a soignée, dit-il, en retrouvant la foi : « Grâce à Dieu, je m’en suis sorti » ! Avec aussi la main secourable de Noël Mamère, le député-maire de Bègles, qui l’a embauché aux espaces verts. Il est resté nature l’Aspache. Il lui tarde de reprendre du collier : « Il fallait que j’en passe par-là. Mais ça fait du bien quand ça s’arrête. Pour moi la lutte est une source de joie ».

Recomposer la tribu

Il pense que le passé sédimentera l’avenir. Les blocages de pelles mécaniques dès l’aube conçus comme des attaques de diligences, les charges héroïques, les grosses manifs enthousiastes, les chansons autour du feu de camp le soir, il a gardé tout ça en mémoire : « Toutes proportions gardées, on jouait le rôle de brigades internationales pour préserver la vallée ».

Un regret cependant : celui de n’avoir pas assez pris le temps de parler avec les autochtones, à l’époque Eric Pétetin pressent la nécessité de revitaliser la montagne : « Elle peut offrir des îlots de survie aux gens chassés des villes par la crise. Et de se prendre à rêver ; « Pourquoi ne pas favoriser la venue d’ Africains, d’Asiatiques sur nos terres abandonnées. Il y a des histoires d’amour à composer dans le futur ».

A l’en croire, la tribu « Aspache » n’a pas été totalement dispersée. Certains ont pris pied en Béarn. Ce qui manque, c’est, dit-il, « un lieu de rassemblement ». Celui qui avait ouvert, de 1981 à 1983 « Le Randonneur » à Etsaut, un café pour les montagnards, avant de se lancer dans l’aventure de la Goutte-d’Eau, dès 1984, ne cache pas son envie de recréer un site, autour d’un terrain et d’une vieille maison dans le périmètre aspois. Visiblement l’Indien a d’autres cordes à son arc ! (JC)

>> REACTIONS

René Rose, Président de la communauté de communes d’Accous
Le départ du wagon marque la fin d’une longue histoire. Ça m’a rappelé des séances mémorables à l’intercommunalité car nous avions refusé d’aider Pétetin à ramener ce wagon. C’étaient des noms d’oiseaux, des onomatopées, des cris… Mais s’il revient aujourd’hui pour se battre pour la Pau-Canfranc, nous serons du même côté. Il faut savoir évoluer. J’ai toujours trouvé que c’était quelqu’un de courageux, qui se battait pour la vallée. Mais parfois il ne mettait pas assez les formes, il ne respectait pas assez les élus de la vallée mais j’ai toujours eu du respect pour lui. »

Jean Lassalle, député-maire de Lourdios-Ichère
«D’abord, je ne suis pour rien dans ce retrait de wagon. Ça laisse un brin de nostalgie. Mais cette bataille du Somport aura marqué l’histoire. Depuis, la notion d’utilité publique a changé. On suit désormais le lobby considérable des écolos qui défend le paysage, le potager, la maison, les arbres contre des projets importants d’intérêt public. On le verra encore pour la LGV. Toute cette histoire, un peu injuste pour nous, élus de la vallée, aura eu un impact mondial ! Quant au retour d’Eric Petetin, c’est lui qui décide et je le reverrai avec sérénité. On n’est jamais en retard d’un débat en Béarn. S’il se bat pour la vallée, j’aimerais être en avance d’une solution avec Eric. C’est un combat qu’on pourrait faire ensemble. »

Par Laurent Vissuzaine
Publié le 2 septembre 2010

Vallée d’Aspe : le wagon part, les problèmes restent

Un commentaire sur “Vallée d’Aspe : le wagon part, les problèmes restent

  • 18 mai 2011 à 16 h 38 min
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    bonjour monsieur lassalle je vois que enfin vous vous occupez de la ligne pau -canfranc, en effet vous pourriez facilement posé la question au gouvernement ou au ministre des transport mariani a l’asenblée nationale sur le maintien des budgets de l’état pour la réfection de la ligne internationale,
    vous qui avez fait une gréve de la fain pour défendre des cause juste pour la vallée(usine toyal) comprenez bien quil existe un embranchement ferroviaires au lieu du tout camion!!!
    alors soyez réaliste et efficace montrez que cette réouverture voulue des deux coté de la vallée va dans le bon sens.
    bien sur cette ligne ne pourras pas absorber tout le trafic fret mais songé a votre vallée souillé par des camion de 38 tonnes remplie de produits chimique sur route escarpé dont plusieurs accident ece normal?
    un vrai projets de développements touristiques a partir de la gare de cette-eygun me parais pertinent ce qui va attiré des visiteurs.
    la France a déshonoré ces engagement signé avec l’Espagne lors de son ouverture de la lignes sur le maintien d’ouverture de la ligne.

    a bientot

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