Un tour de ma circonscription

Je me suis lancé il y a une semaine dans un tour de ma circonscription, la plus grande de France et qui me fait confiance depuis 17 années maintenant. C’est toujours un honneur de les représenter et une grande joie de rencontrer toutes ces femmes et tous ces hommes.

Première étape : La conférence de presse à Larrau contre la présence de l’ours, vendredi 10 mai 2019

Dès notre arrivée à Larrau, nous sommes saisis par l’ambiance pesante qui s’en dégage. À l’entrée du village, de grandes pancartes indiquent la ferme volonté du retrait de l’ours. Nous arrivons à 10h30 devant le mur à gauche où se tient la réunion. La conférence de presse n’a pas encore commencé mais la salle est déjà comble. On ne compte pas moins de 400 personnes venues de toute la région pour soutenir les élus et les éleveurs dans leur mobilisation. Les regards sont tendus et le ton est grave.

Assis au premier plan, les organisateurs font face aux médias nationaux, régionaux et espagnols. À tour de rôle les maires de Larrau et Uztarroze (Catalogne, Espagne) puis les agriculteurs et bergers organisateurs prennent la parole.

L’unanimité sur le sujet est claire : il faut retirer l’ours introduit dans la région à l’automne dernier.

Les interventions sont courtes mais précises, et la salle, plongée dans un silence de cathédrale, écoute attentivement. Chaque prise de parole est saluée par une salve d’applaudissements retentissante. Brève. Sèche. Les récentes attaques de l’ours contre des troupeaux et à proximité des habitations ont déclenché la colère.

La séance est conclue par les mots d’un éleveur repris dans le communiqué de presse immédiatement distribué : « Nous demandons à l’État son retrait. Notre demande doit absolument aboutir. Sinon, il est clair que l’État sera coupable de l’assassinat de nos territoires. Et la situation deviendra incontrôlable. ».

À la fin, les visages sont toujours fermés et assombris par une colère froide. Hommes et femmes (il y a beaucoup de femmes), sortent en silence et lentement de la réunion. Dehors, des petits groupes se forment pour discuter de leur doute, de leur crainte, de leur peur. De leur colère. Le sentiment dominant dépasse la simple querelle pour ou contre l’ours. Il s’agit de la mort ou la survie du savoir-faire, du savoir-être de nos campagnes et de nos montagnes déjà si combattus et malades. La question tenaille à l’approche des transhumances.

Le viol perpétré par les hautes instances ne passe pas. Ces irresponsables n’ont pas idée des conséquences au quotidien pour des hommes et des femmes seuls, déjà au four et au moulin. L’agriculture traditionnelle est-t-elle donc vouée à la mort précisément au moment où l’on n’a jamais autant parlé de la faire revivre ? C’est pour cela qu’ils sont tous venus ce matin-là à Larrau. Pour eux, ce n’est pas le point de départ dans un nouveau bras de fer contre l’État. C’est de résistance dont il s’agit. Résistance à un système dominant qui, inexorablement, chasse l’Homme de son biotope, anéantissant la relation charnelle qui unit l’Homme à son territoire.

Deuxième étape : ma visite à la Mairie de Garindein

Situation : Montagne Basque
Superficie : 6,87 km²
Population : 530 habitants, dont 65 % à plus de 60 ans

Avec des moyens de plus en plus limités (diminution de la moitié de la dotation DGF, et plus de taxe professionnelle depuis la disparition des entreprises sur la commune), le Maire évoque une période difficile avec de moins en moins de projets pour les petites communes. Cependant, les élus sont de plus en plus sollicités au quotidien par leurs administrés alors qu’une grande partie des compétences ont été transférées à la communauté d’agglomération à Bayonne.

L’organisation de cette dernière commence à susciter quelques questions :
– structure de décision éloignée du terrain
– insuffisance de concertation
– projet d’élection à la proportionnelle

Les élus présents craignent que ces éléments ne soient pas de nature à redonner confiance et satisfaction aux populations. La crainte des élus de Garindein a été exprimée dans d’autres lieux de la circonscription. L’école communale est répartie sur deux sites en fonction des niveaux. Nous profitons de la récréation, pour visiter celui consacré à la maternelle avec une jeune institutrice qui craint pour son poste.

Pour l’avenir de la commune, la survie de l’école est importante pour pouvoir attirer de nouvelles familles. Les élus présents engagent un large tour d’horizon des problèmes de cet immense territoire :
– absence de téléphonie
– difficulté d’entretien de la voirie
– difficulté à gérer les territoires communaux, les forêts et les alpages

Troisième étape : ma visite dans la Mairie d’Ordiarp.

Situation : Montagne Basque

Superficie : 29 km²

Population : 537 habitants

Pour cette commune l’enjeu est la préservation de l’école depuis qu’un demi-poste est menacé. Pourtant le Maire et son Conseil municipal font le constat amer que l’effectif des élèves n’a jamais été aussi haut avec 55 enfants. La disparition de ce demi-poste obligerait les écoliers à changer de site. Cette situation est inenvisageable dans la mesure où des investissements conséquents ont été réalisés par la commune pour accueillir un enfant en situation de handicap.

Actuellement, l’école est en RPI sur deux sites en fonction des niveaux. Les plus jeunes sont à Ordiarp (du CP au CE2) et les plus anciens vont à Musculdy (du CE2 au Cm2). De plus, si la scolarisation est obligatoire à partir de 3 ans, l’accès au transport scolaire n’est possible qu’à partir de 4 ans. La disparition de l’école provoquerait le départ des familles et la mort à petit feu du village.

À l’initiative des élus, les parents ont organisé plusieurs journées de mobilisation pour alerter de la situation. C’est pourquoi le Maire se bat au quotidien pour rendre sa commune la plus attirante possible. Une fois de plus, le manque de moyens limite les actions alors que de nombreux projets pourraient permettre un embellissement du village (rénovation du toit de l’église, rachat du presbytère inoccupé).

Si la commune compte 48 exploitations agricoles, il devient de plus en plus difficile d’obtenir des permis de construire y compris pour de nouvelles exploitations. Cependant, le Maire tient à garder des emplois dans son village et a récemment créé un poste à temps complet d’employé communal.

Quatrième étape : rencontre avec des gilets jaunes à Mauléon.

Suite à une mobilisation spontanée, des Gilets Jaunes m’ont interpellé sur la suppression de la CPAM de Mauléon. Dans le cadre d’un départ à la retraite le poste ne sera pas remplacé alors que l’équipe ne compte que deux personnes. L’avenir de l’agence se joue entre une permanence partielle à Mauléon et une dissolution avec l’agence de Saint-Palais.

La réduction et la disparition du service public au profit du tout numérique inquiète les populations rurales qui ont besoin d’un contact humain avant tout. Cette crainte est amplifiée par le coût que représente l’équipement pour l’accès aux services en ligne et la peur de l’anonymat. À l’issue de cet entretien, nous avons convenu d’une réunion plus large.

Cinquième étape : ma visite à la Mairie de Charre

Situation : cœur du Béarn

Superficie : 11.41 km²

Population : 210 habitants, dont 20 agriculteurs

Malgré une forte diminution de la DGF, le Maire a réussi la rénovation de l’ensemble des 12 km de route de la commune.

De plus, la carte communale appliquée depuis 2011 a facilité l’installation de jeunes. Cependant, la fermeture de l’école à la faveur d’un regroupement en RPI représente un coût de scolarisation de 1700€/enfant pour la commune.

Les élus font également part de leur incompréhension face à des normes qui empêchent un ramassage scolaire pour l’ensemble des écoliers du village. Ainsi, il existe plusieurs cas où le bus scolaire passe devant des maisons avec des enfants mais en raison des normes en vigueur, il ne peut s’arrêter. Les familles suivent donc le bus en voiture alors que ce dernier passe devant chez eux.

Sixième étape : ma réunion chez l’Inspecteur d’académie à Pau

Cette réunion est en écho à ma précédente publication. Elle s’est tenue avec les maires de Ahaxe et Mendive, des représentants de parents d’élèves et Monsieur l’Inspecteur d’académie.

L’enjeu était le maintien d’un demi-poste d’enseignant sur le RPI de Mendive. Grâce à la mobilisation des élus et des parents d’élèves, les effectifs pour septembre 2019 qui devaient être de 36 élèves, sont passés à 38 et finalement à 40 enfants. La perte de ce demi-poste déstructurait totalement l’emploi du temps du site réservé aux grandes sections à qui on imposerait deux jours de français consécutifs suivi de deux jours en langue basque.

Annihilant ainsi tous les efforts qui ont été consentis pour l’apprentissage de langue basque en immersion. Les acteurs concernés font valoir que ces fermetures nuisent gravement à l’enseignement public. 40 % des effectifs de la vallée ont rejoint l’enseignement privé, lassés par l’insécurité permanente de ces postes et le turn-over des jeunes enseignants qui ne sont jamais assurés de retrouver leur poste à la rentrée.

La délégation très combative fait valoir le pari de l’avenir plutôt que celui des chiffres. Cette mobilisation met en avant le caractère et la combativité de l’ensemble des acteurs pour le maintien et le développement d’une économie montagnarde, des emplois ont été créés et d’autres en phase d’aboutir. Malgré les difficultés inhérentes au relief et l’éloignement, la vallée réussit à préserver une
agriculture tenace et de qualité.

Après trois heures d’échanges passionnés, et grâce au chiffre fatidique des 40 élèves pour le maintien du demi-poste l’accord est scellé.

Une tournée prévue précisément sur le territoire de cette vallée est reportée. En effet, les maires viennent d’apprendre par sms qu’une manif spontanée est organisée sur la vallée voisine de Larrau et précisément au mur à gauche de cette dernière, ils ont tous décidé de s‘y rendre.

Septième étape : Visite de la commune de Préchacq-Navarrenx où j’ai longuement échangé avec Florent LABORDE, maire lors du tour de ma circonscription.

Ce dernier est agriculteur et propriétaire terrien. Nous avons évoqué divers sujets dont celui de la plateforme de méthanisation «méthalayou » qui sera inaugurée. Elle regroupe 15 agriculteurs. Florent LABORDE m’a ainsi expliqué tous les obstacles qu’il leur a fallu surmonter et le formidable esprit d’équipe qui s’est scellé en tous ces agriculteurs.

Nous avons également évoqué le projet de travaux pour l’école du village qui est en regroupement pédagogique avec les communes voisines de Dognen et Lay lamidou. Il a décidé avec son conseil municipal d’investir pour rénover la charpente, agrandir les locaux et favoriser le projet « école du numérique ».

A midi je suis allé saluer les enfants de l’école qui partaient en bus déjeuner et Madame Hyppolite, la directrice de l’école en poste depuis 17 ans, a bien voulu se mêler quelques instants à nos échanges.

Avant notre départ, le boucher itinérant venu de la commune voisine d’Orin est arrivé. Ce dernier passera toutes les semaines avec son fourgon et se tiendra à la disposition de la clientèle place de la mairie. William lahargue, le boucher arrive juste à ce moment là et nous partons tous à sa rencontre, il ouvre son camion remarquablement équipé et présentant une spectaculaire variété de produits de grande qualité. Il opère déjà ainsi sur d’autres communes et compte s’élargir. Manifestement les ménagères apprécient l’initiative.

Un tour de ma circonscription
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