Retour sur ma visite au Salon de l’Agriculture

Depuis 40 ans, depuis que j’ai embrassé mes premières responsabilités de maire à 21 ans, je me rends au Salon de l’Agriculture chaque fois que possible. Je suis issue de ce monde agricole, travaillant la terre et élevant les animaux avec passion. Autant les premiers salons mais cela était peut-être dû à mon âge, m’étaient apparus heureux et insouciants, donnant un sentiment à la fois d’intimité heureuse et de puissance puisque le matériel agricole figurait parmi les exposants dans le même lieu. Il est aujourd’hui, pour des questions d’extension, à Villepinte.

Comme toujours depuis tant d’années, à première vue, rien n’a changé, si ce n’est une plus grande professionnalisation de l’accueil….et les exposants rencontrés dans les innombrables halls et bureaux, semblent baigner dans le même enthousiasme. Ces exposants, ce sont des agriculteurs, des éleveurs, des petits commerçants, des artisans…C’est une partie de notre économie qui a priori se porte bien mais dont une grande partie est en réalité mort-vivante. A mesure que s’approfondissent les échanges, avec tant d’hommes et de femmes décrivant leur quotidien d’agriculteur, l’ambiance se fige un peu. Comme le temps. Et l’on retrouve sur toutes les bouches, à mi-voix,  que la simplicité et la durée de la relation encourage, de sombres et lourdes préoccupations. Ils ne comprennent pas les cocoricos officiels qui résonnent d’ici et de là. « Ce qu’il m’est le plus insupportable, ajoute un jeune retraité, c’est de voir les ronces, les arbres et les serpents rentrer dans les cuisines, que plus personne ne s’interpose face au feu qui dévaste tout, aux gaves et torrents qui sortent de leurs lits à chaque occasion dévastant tout sur leur passage. » Il y a quelques années encore, paysans et maires, unis dans un même effort entretenaient régulièrement les immenses prairies si vertes et les cours d’eau profonds.

Que faisons-nous pour l’agriculture ? Qu’attendons-nous pour agir contre ce mal qui ronge les agriculteurs français ? Dans tous les regards, la même interrogation, par rapport à ce mal, qui n’arrive pas à dire son nom : la quasi-impossibilité de transmettre une exploitation agricole à un successeur quel qu’il soit, pour des raisons économiques bien sûr mais surtout humaines et culturelles. En effet, il n’est pas si facile de céder sa propriété à un fils ou une fille et à plus forte raison à quelqu’un d’ « étranger » au village et parfois même et très souvent, à la profession. Ces villages eux-mêmes reviennent très vite sur le tapis, avec l’effroyable cataclysme que constitue l’exode, qui est devenu après 200 ans de mutation profonde de notre pays, un mal incurable pour toutes les forces vives de ces villages, vastes territoires, vallées… « Je suis le dernier exploitant de ma commune, et je n’ai pas de reprise en vue. » « Chez nous nous sommes 3 exploitants». « Chez moi, le dernier s’en est allé il y a 10 ans déjà et pourtant, il y avait tout ce qu’il fallait ». Certains, en devant faire cesser leur activité pour des raisons économiques, se font liquider jusqu’à leur lit !

Mais j’ai aussi rencontré l’espoir, la nouvelle génération, la jeunesse de l’agriculture française. J’ai vu des jeunes qui n’ont pas peur de s’engager, de reprendre l’exploitation familiale, qui à 20 ans sont déjà à la tête d’une petite exploitation. Ces jeunes, qui ont foi en l’avenir, nous devons absolument les soutenir. Aujourd’hui, transmettre une exploitation agricole est une opération complexe : difficulté à présenter à sa compagne ou son compagnon de vie rencontré à l’école ce projet, difficulté à s’installer pour ceux qui sont filles et fils d’agriculteurs, la quasi-impossibilité à le faire pour ce qui ne le sont pas, soit pour des raisons financières, soit parce qu’il est absolument impossible de l’envisager, tant le prix de la terre, du matériel agricole, des bâtiments…sont devenus des enjeux financiers insurmontables. Mais grâce à l’organisation, au fleurissement des appellations d’origine protégées et autres labels, nous pouvons promouvoir ces nouvelles pousses qui font revivre petit à petit l’agriculture française.

Toutes ces rencontres, ces échanges, ces débats m’ont fortifié dans ma détermination à défendre l’agriculture française et les agriculteurs. Nous ne devons pas oublier que ces femmes et ces hommes nous nourrissent chaque jour. Il est temps de les remettre au cœur de leur métier et au cœur de nos préoccupations. Cette visite a conforté mon envie de me battre plus fort encore pour l’égalité des chances sur l’ensemble du territoire. Pour le retour de ce qui est beau, de ce qui est bon, de tout ce qui nous redonnera la santé.

Retour sur ma visite au Salon de l’Agriculture

Un commentaire sur “Retour sur ma visite au Salon de l’Agriculture

  • 17 mars 2019 à 14 h 40 min
    Permalink

    De Gérard TAILLANDIER -45, Boulevard des Pyrénées à 64420 Soumoulou .

    Ne serait-il pas opportun , pour le prochain salon agricole, d’installer à l’entrée un stand avec toutes les photos des agriculteurs qui se sont suicidés (avec l’aval de leur famille bien entendu) avec leur nom , leur situation familiale ( âge , père de famille , le nombre d’enfants etc …) .
    L’intitulé du stand pourrait être :
    “MERCI à L’EUROPE , MERCI à Mr MACRON , NE CHANGEZ SURTOUT PAS DE CAP”

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