Prolongement de l’état d’urgence, affaiblissement de la démocratie

Nous vivons une époque inquiétante et troublée par une menace terroriste alimentée par une hypermédiatisation façonnant un hyper terrorisme terrifiant. La prorogation de l’état d’urgence est, à mon sens un signal inapproprié. Nos gouvernements successifs ont la paradoxale faculté d’ériger aux rangs d’absolu des universaux à violer avec aplomb les principes qu’ils en tirent et à ressentir la nécessité d’élaborer des justifications théoriques.

Or, la réponse ne se trouve pas dans des décisions restreignant les libertés. Car depuis sa mise en place, l’état d’urgence n’a cessé de faire polémique. Assignations à résidence sans procédure judiciaire, perquisitions violentes, arrestations abusives et autres méthodes peu démocratiques, nous noient, aujourd’hui dans un régime exceptionnel, qui ne saurait se substituer de façon pérenne à l’état de droit.

Aujourd’hui, trois mois et demain ? Combien de temps encore les libertés des Français seront-elles restreintes ? Lorsque Manuel Valls, dans une interview à la chaine BBC, déclare que l’état d’urgence sera maintenu jusqu’à la défaite de Daesh, lorsque la France vend des armes aux pétromonarchies qui alimentent la déstabilisation du Moyen-Orient ou quand notre pays agit en secret en Libye, comment ne pas s’inquiéter des mystérieux agissements du gouvernement et d’une rupture avec nos principes démocratiques ?

Combattre le terrorisme est indispensable, mais notre pays, connu pour son audace et son initiative en matière de liberté et de justice, semble aujourd’hui se recroqueviller sur lui-même. Voter ce projet de loi, inscrivant dans notre Constitution la déchéance de nationalité et l’état d’urgence, n’est pas une réponse digne de notre Nation. Quelle sera l’image de la France dans le monde, en Europe, si elle viole aujourd’hui une convention européenne des droits de l’homme dont elle fut jadis la fervente instigatrice ?

La Constitution a déjà tous les éléments qu’il faut pour servir et protéger nos concitoyens. Évitons d’ajouter de la confusion à la confusion, de la peur à la peur. Évitons de montrer du doigt, ne serait-ce que dans nos fantasmes les plus fous, des communautés qui sont la France.

Il ne faut pas, dans un pays qui compte plus de six millions de musulmans, continuer à parler comme nous le faisons, continuer à alimenter la haine.

La solution n’est pas dans la brutalité, la privation, le rigorisme.

La solution n’est pas dans des manœuvres militaires et politiques dissimulées et insidieuses.

La première étape serait déjà de réapprendre à se parler et s’écouter, afin d’éviter les tensions qui clivent aujourd’hui le débat, pour faire émerger des résultats, des idées acceptables et respectées par tous.

Prolongement de l’état d’urgence, affaiblissement de la démocratie

7 commentaires sur “Prolongement de l’état d’urgence, affaiblissement de la démocratie

  • 4 mars 2016 à 2 h 45 min
    Permalink

    Monsieur,

    Je veux vous dire aujourd’hui tout le respect que j’ai pour vous.

    Vous lire, vous écouter, est une réelle leçon d’humilité.

    Car même si je suis consciente que notre Premier Ministre se doit d’appliquer la politique édictée par le Président, je me désole que Monsieur Valls pour qui j’ai eu de l’admiration et dont j’apprécie l’énergie – et qui a pourtant l’air de vous apprécier ! – n’ait pas plus pris vos idées en considération depuis qu’il a pris ses fonctions.

    En effet, en tant qu’électrice de gauche, vous m’apparaissez mieux incarner en ces temps troublés les idées de démocratie, de partage, de tolérance et de respect de l’autre que le parti socialiste actuel.

    Et même si je reste pour l’instant attachée à celui-ci (l’habitude, peut-être?), je dois dire que si vous décidiez de vous présenter à l’élection de l’année prochaine, je serais tout à fait susceptible de voter pour vous !

  • 12 mars 2016 à 3 h 34 min
    Permalink

    L’état d’urgence, je justifie aujourd’hui car l’état Français est en guerre et que depuis que l’Europe a fait tomber les Frontières, notre législation n’est plus adapté, le fond du problème est surtout là !

    Du coup cette « état d’urgence » permet d’avoir plus de liberté d’action aux hommes chargé de défendre le pays et son peuple.

    En conclusion (simpliste)
    1- Apporter les corrections de notre législation pour palier aux défaillances face à l’état de guerre et évidemment de terrorisme.
    2- Suspension de l’état d’urgence, qui à ce moment là, n’a plus aucune raison d’être.

    Bref, au boulot

  • 17 mars 2016 à 9 h 02 min
    Permalink

    Cher Monsieur le Député,

    Je suis avec attention et sympathie depuis quelques temps vos initiatives politiques. Originaire du Sud-Ouest mais « expatrié » à Paris, j’entends déjà tous les commentaires condescendants de l’écosystème politique parisien qui vont accompagner votre dernière initiative, celle de présenter votre candidature à la présidence de la République. Sachez que je la soutiens entièrement. Les Français sont fatigués de l’impéritie de leurs dirigeants politiques actuels.

    Bien à vous

    Jean-François Lacoste

    PS: Pour information, j’ai pu écrire une réflexion sur la Tribune des Echos à la suite des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, l’an dernier (http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-120819-et-si-maintenant-on-construisait-le-reve-europeen-1082330.php). Je l’ai transmise à certains décideurs politiques dont à mon député Mr Germain, qui n’a ma daigné répondre. A ce jour, je n’ai pas vu l’ébauche d’un programme sérieux de mobilisation pour fédérer la jeunesse autour d’un vrai projet européen.

  • 17 mars 2016 à 11 h 39 min
    Permalink

    Monsieur,
    Ayant effectué de nombreux voyages, dans des pays différents de régime politique ou de religion, je n’ai jamais rencontré un foutoir comme la France!
    Est-il normal, pour une personne désirant s’établir définitivement dans un territoire, de n’avoir pas la moindre obligation d’apprendre la langue usuellement parlée dans ce territoire.
    Comment peut-elle apprendre les us et coutumes de ce pays, participer aux réunions organisées par les Enseignants.
    Enfin, comment peut-elle dialoguer avec les autochtones.
    Les princes qui nous ont gouvernés, et nous gouvernent encore, ont trouvé plus facile de jouer le laxisme et l’inconséquence. L’inadmissible communautarisme en est l’expression.

  • 12 mai 2016 à 21 h 35 min
    Permalink

    Je viens de passer dans mes eighties.
    Quand j’entends les chantres de l’humanisme, je me demande s’ils ont bien digéré le sens de ce mot dans le Petit Larousse.
    J’ai retrouvé une lettre écrite par Georges MARCHAIS au Recteur de la Mosquée de Paris en 1981, pour lui préciser que quatre millions d’immigrants à ce moment-là représentaient plus que les possibilités de notre pays.
    Quelle que fut sa pensée politique à l’époque, il avait vu clair dans ce problème jamais résolu aujourd’hui.
    En France, il est de mise de ne pas écouter les conseils d’une personne que l’on n’aime pas.
    Il paraît que nous sommes les plus intelligents du monde!

  • 28 mai 2016 à 15 h 43 min
    Permalink

    Monsieur Lassalle président de la France
    cordialement
    monsieur chivrac marc

  • 30 mai 2016 à 15 h 14 min
    Permalink

    Vous êtes le seul à s’être déplacé à travers le pays pour consulter les citoyens dans leur cadre de vie.
    Né juste avant la dernière guerre mondiale, j’arrive à un âge qui m’a permis de constater que depuis quatre décennies le peuple de France, en grande partie, a renié civilisation gréco-romaine et religion chrétienne. Nos gouvernants ont « fabriqué » une société de loisirs (qui laisse vivre 20% de la population en dessous du seuil de pauvreté) à grands coups d’emprunts sur les marchés financiers. D’où un égoïsme révoltant et une grande indifférence dans ce que va devenir notre pays.
    Que pourra décider le prochain Chef de l’Etat dans un pays où la moindre réforme indispensable soulève l’ire, et dans lequel le pouvoir s’est déplacé dans la rue?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *