Intervention de Jean Lassalle à l’Assemblée Nationale le 12 octobre 2010 sur la Gestion de la dette sociale

Mme la présidente. La parole est à M. Jean Lassalle, pour un temps estimé à dix minutes.

M. Jean Lassalle. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, je me suis longtemps interrogé pour savoir si j’allais intervenir. En écoutant mes collègues, j’ai pensé qu’ils n’étaient pas beaucoup plus éclairés que moi et que je n’enfoncerai pas beaucoup plus de portes ouvertes qu’eux.

Le problème de la sécurité sociale ne date pas d’aujourd’hui et, si l’on passe au crible la fin du XXe siècle et le début du XXIe, ce sera certainement l’un de ceux qui aura le plus intéressé la classe politique et la classe sociale de notre pays. Quoi de plus marquant en effet que le trou de la sécurité sociale ? Il y a eu suffisamment d’alternances, de changements de régime, pour espérer avoir fait le tour de la question, mais il n’en reste pas moins vrai que, avec ou sans la CADES, le dernier organisme chargé de gérer la question, il y a toujours un grave déficit de la sécurité sociale.

Dans le fond, ce n’est pas très étonnant si on y regarde de près. La sécurité sociale a été construite au lendemain du désastre que chacun connaît parce que nos aînés étaient conduits par le désir de créer une justice qu’ils n’avaient pas connue, de rétablir durablement la paix et, pour ce faire, de pouvoir au moins se soigner la conscience tranquille, mais c’était l’époque du plein emploi, des Trente glorieuses, c’était une époque où tout le monde, peu ou prou, pouvait participer à l’effort collectif et apporter sa pierre au fonctionnement de ce dispositif unique au monde, qui l’est toujours d’ailleurs.

Reconnaissons que les choses ont beaucoup changé depuis, nous sommes loin du plein emploi, nous ne sommes pas encore sortis du débat sur les retraites, sur la durée de temps de travail, la durée de cotisation. C’est tout un monde qu’il faut reconstruire et que nous avons l’impérieuse obligation de reconstruire le plus rapidement possible.

Moi, j’ai le sentiment, mes chers collègues, que nous n’en sortirons pas par des discussions rapides menées dans l’urgence, parce que le problème est très profond. Si nous ne redessinons pas les moyens de faire fonctionner la sécurité sociale à la française dans la France de 2010, nous n’aurons aucune chance d’y parvenir. Tant que la France continuera à rester l’un des pays les plus riches de la planète si l’on regarde le PIB et, pourtant, l’un des plus endettés, c’est qu’il y aura un problème quelque part. Ceux qui devraient apporter leur contribution ne participent certainement pas au niveau où ils devraient le faire.

Je plaide donc pour que, sur ces sujets, il y ait beaucoup plus de modestie sur l’ensemble des rangs parce que personne n’a la véritable solution. Nous devons être à même d’essayer de déclencher un processus patriotique tel que celui qui inspira nos prédécesseurs, remettre l’homme au cœur de la décision et la politique à sa place, ne pas faire semblant. Les très grandes fortunes que l’on trouve dans notre pays et qui ne paient pas l’impôt doivent apporter leur contribution parce que ceux qui paient la sécurité sociale la trouvent très chère, et plus ils continueront à la payer, plus ils la trouveront chère. Cela n’empêche pas que de plus en plus de médicaments ne soient plus remboursés par la sécurité sociale.

M. Jean-Paul Bacquet. Ça, c’est bien vrai !

M. Jean Lassalle. Bref, ce n’est pas par un petit débat rapide que nous nous en sortirons. Pour certains, il fallait absolument le faire, c’est un rendez-vous que nous avons avec nous-mêmes. Mon sentiment, c’est que, comme pour la réforme des retraites, nous ne sommes pas prêts à conduire la réforme profonde qui est nécessaire dans notre pays.

Intervention de Jean Lassalle à l’Assemblée Nationale le 12 octobre 2010 sur la Gestion de la dette sociale

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