Compte rendu de l’Assemblée Générale des élus de la Montagne des Pyrénées-Atlantiques

Samedi 30 juin dernier s’est tenue, au sein de la Commune de Lanne-en-Barétous (64), l’Assemblée Générale des Élus de la Montagne des Pyrénées-Atlantiques que je préside.

A l’ordre du jour étaient inscrites des problématiques importantes liées à notre territoire pyrénéen à savoir notamment, le développement du numérique, la fermeture des perceptions et des postes d’écoles, les écobuages et surtout la possible réintroduction des ours dans nos vallées.

Cette dernière problématique a donné un caractère grave et solennel à la rencontre tant les enjeux sont déterminants non seulement pour tous ces hommes et ces femmes qui dévouent leur vie entière à la terre et à l’agriculture mais aussi pour le pastoralisme et de manière générale pour notre vie locale.

Afin d’aborder cet enjeu crucial, de nombreux élus étaient présents à savoir, des Maires des Vallées Basques et Béarnaises mais également Madame Dubié, Député des Hautes-Pyrénées accompagnée par les deux Sénatrices Madame Saint-Pée et Madame Espagnac. Enfin, Monsieur Le Préfet et la Sous-Préfète d’Oloron-Sainte-Marie étaient présents pour expliquer la position de l’État.

Étaient également présents tous les utilisateurs de la montagne, bergers, éleveurs, forestiers, chasseurs…

Au cours de cette réunion où chacun à pu s’exprimer librement sur ses inquiétudes et ses remarques liées à ce dossier, Monsieur Le Préfet a ouvert les débats se voulant, dans un premier temps rassurant, sur les attaques des ours réalisées ces derniers mois à « plus de 90% en Ariège ». Il a également affirmé avoir alerté les autorités en charge de ce dossier sur l’accompagnement qui devrait être fait auprès des agriculteurs si cette réintroduction devait avoir lieu.

Par la suite, les nombreux Maires présents et autres acteurs de la vie locale (mentionnés supra) ont pu faire entendre leur voix et celles de leurs administrés. Il en est ressorti beaucoup d’inquiétude mais aussi de colère. Comment pourrait-il en être autrement lorsque des décisions aussi importantes se prennent sans la consultation et la considération des principaux intéressés.

Madame Dubié, Député des Hautes-Pyrénées a souhaité nous témoigner son soutien au cours des débats en affirmant qu’elle avait elle-même alerté l’État sur les problématiques que causerait la réintroduction d’ours sur nos territoires.

La réponse qui lui a été faite quelques mois plus tôt, en est d’autant plus inquiétante puisque les représentants de l’État lui ont affirmé qu’elle n’avait rien à craindre dans la mesure où le lâché d’ours concernait seulement le Béarn. Cette réponse permet de souligner que ces derniers n’ont aucune notion de l’impact de cette réintroduction sur nos territoires et les territoires voisins. L’ours connaitrait-il désormais les frontières ?

Madame Dubié a d’ailleurs également sollicité expressément l’abandon du processus de réintroduction en rappelant l’article L113-1 du Code rural et de la pêche maritime lequel dispose que :

« Par leur contribution à la production, à l’emploi, à l’entretien des sols, à la protection des paysages, à la gestion et au développement de la biodiversité, l’agriculture, le pastoralisme et la forêt de montagne sont reconnus d’intérêt général comme activités de base de la vie montagnarde et comme gestionnaires centraux de l’espace montagnard.

En conformité avec les dispositions des traités instituant la Communauté économique européenne, le Gouvernement, reconnaissant ces rôles fondamentaux de l’agriculture, du pastoralisme et de la forêt de montagne, s’attache à :

1° Encourager des types de développement adaptés à la montagne, notamment en consentant un effort particulier de recherche appropriée aux potentialités, aux contraintes et aux traditions de la montagne et en diffusant les connaissances acquises ;

2° Mettre en oeuvre une politique agricole différenciée favorisant l’élevage et l’économie laitière dans les secteurs qui n’ont pas la possibilité de productions alternatives ;

3° Promouvoir les productions de qualité et faire prendre en compte leurs spécificités dans le cadre de l’organisation et de la gestion des marchés agricoles et forestiers, notamment dans le cadre des organisations interprofessionnelles reconnues ;

4° Assurer la préservation des terres agricoles, pastorales et forestières ;

5° Prendre en compte les handicaps naturels de l’agriculture par des mesures particulières visant notamment à compenser financièrement les surcoûts qu’ils génèrent, ainsi qu’à financer les investissements et le fonctionnement des services collectifs d’assistance technique aux exploitations et à leurs groupements ;

6° Faciliter, en tant que de besoin, la pluriactivité par la complémentarité des activités économiques ;

7° Conforter la fonction environnementale de l’activité agricole en montagne, notamment par la voie contractuelle ;

8° Assurer la pérennité des exploitations agricoles et le maintien du pastoralisme, en particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup et de l’ours dans les territoires exposés à ce risque. »

Madame la Député a conclu ses propos en renouvelant son total soutien à toutes les actions qui seront menées pour lutter contre cette réintroduction.

Il convient de rappeler que 43 ours sont actuellement présents sur notre territoire pyrénéen et lorsque Monsieur Le Préfet a repris la parole pour répondre à toutes ces déclarations, il n’a eu de cesse de souligner le problème de consanguinité qui pourrait toucher les ours pyrénéens.

On ne peut que regretter un tel argumentaire lorsque les agriculteurs qui sont les garants de la pérennité du pastoralisme et des acteurs déterminants de notre économie locale ne parviennent plus à exercer leur métier avec considération et dignité.

J’ai interpelé Monsieur Le Préfet sur la responsabilité qui était la sienne de faire remonter les déclarations faites pour que la décision finale soit prise en considération des différents enjeux et problématiques qui pourraient découler de la réintroduction des ours.

Beaucoup de ceux qui étaient présents déplorent quant à eux d’avoir été écoutés mais pas entendus. Ce dossier, au delà de l’impact d’une réintroduction précipitée et sans considération des enjeux locaux, distant encore davantage la confiance et le respect des administrés envers notre politique.

Monsieur le Maire de Sarrance élu depuis une trentaine d’années a parfaitement résumé le sentiment de l’assistance face au Préfet : « Je pèse mes mots mais j’irai en conscience jusqu’au bout de ma pensée. Nous sommes en train de disparaître, nous, Hommes qui vivons de et pour la montagne. Notre territoire s’ensauvage à une vitesse effrayante. Pourtant nos enfants luttent avec l’énergie du désespoir pour faire front. Votre attitude et celle de l’ensemble des services de l’État est devenue un véritable harcèlement permanent, et si hélas vous deviez passer à l’acte, malgré notre volonté, ce serait un viol. »

La réunion s’est terminée dans une ambiance lourde. Deux France face à face, irréconciliables sur ce sujet. Le sentiment que l’État a définitivement choisi le fauve au détriment de l’Homme. Les montagnards pyrénéens enregistrent toutefois, tel un message d’espoir, le soutien total de toutes les montagnes de France et notamment sous l’égide de l’Association Nationale de la Montagne.

Compte rendu de l’Assemblée Générale des élus de la Montagne des Pyrénées-Atlantiques

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